vendredi, 06 septembre 2013 11:31

Grand dossier: La Problématique du Leadership politique en Afrique par Dr Antoine A. SOVOGUI.

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Grand dossier: La Problématique du Leadership politique en Afrique par Dr Antoine A. SOVOGUI.
Il y a à peu près cinq décennies que René Dumont publiait son livre « L’Afrique Noire est Mal Partie ». Aujourd’hui on se pose des questions sur le fondement prémonitoire de son ouvrage. En fait, depuis leurs indépendances entre 1950 et 1960, nombre de  pays africains connaissent des difficultés de développement économique et de stabilité politique. A part quels pays comme le Gabon, les Produit Nationaux Bruts (PNB) des pays africains sont modestes par rapport à ceux des pays des autres continents. Par exemple, en 2011 le PNB per capita du Benin a été de $1,700.00 ; celui de Côte d’Ivoire a été de $1,600.00 ; l’Ethiopie de $1,200.00 ;  la Guinée  de $1,100.00 ; et le Liberia de $600.00. Au cours de la même année les PNB per capita du Kazakhstan et de la Corée du Sud ont  été de $14,100.00 et $32,000.00, respectivement.
Outre cette crise économique indéniable, une instabilité multidimensionnelle a l’échelle du continent. En Afrique du Nord, l’Egypte, la Libye et le Soudan, sont secoués par des turbulences sociopolitiques. Dans la Corne de l’Afrique,  l’Ethiopie, l’Erythrée et la Somalie sont en état de tumultes multidimensionnels ; aux Pays des Grands Lacs, le Congo-Kinshasa guerroie contre une rébellion dans sa partie Nord-Est. La République de Centre-Afrique est engagée dans une guerre civile qui, sur la base de signes précurseurs, risque de trainer longtemps. Dans la partie australe du continent, le Zimbabwe est perturbé par une crise de légitimé de gouvernement. Sur les 18 états fragiles dénombrés par  la Banque Mondiale en 2013, 11 se trouvent sur le continent Africain. Après cogitation sur le cas effarant de l’Afrique, des experts de différentes écoles de pensées sont unanimes que le nœud du problème africain réside dans son leadership politique.
Le problème de leadership africain dans sa phase actuelle est enraciné dans plusieurs facteurs concourants qui sont :
a)  la diversité ethnoculturelle qui caractérise les sociétés africaines ;
b) le système de gouvernement autocratique hérité de l’expérience coloniale ;
c) l’inadaptation des systèmes d’organisation politiques exogènes qui ne se greffent pas aux tissus sociaux africains ; 
(d) la limite de compétence  de leadership et de management des individus aux commandes des états africains ; et,
e) la culture de la corruption que nombre de dirigeants africains entretiennent dans leurs pays respectifs ; et
f) la globalisation.
La balkanisation de l’Afrique par les puissances  coloniales Européennes, après la Conférence de Berlin (15 Novembre1884 au 26 Fevrier1885), a défini les frontières juridiques des pays africains actuels. Cette définition de frontières a été faite sans tenir compte du positionnement des groupements ethno-régionaux  sur ces ensembles géographiques. Cela a eu pour effet la création d’états dont les populations constituent des amalgames de groupes ethniques ayant des cultures et civilisations différentes. Ceci a engendré la coexistence d’échelles de valeurs distinctes ; ce mélange de valeurs disparates  induit des frictions entre les perceptions et pratiques normatives que chaque groupe culturel se fait du leadership. Cette disparité de la conceptualisation du leadership  pose un problème complexe aux dirigeants en Afrique : la première est la difficulté de communication entre le leader, qui est issu de l’un des groupes ayant une spécifique perspective des problèmes temporels et spirituel, et les autres composantes de la population du pays qui ont leurs spécifiques perspectives. La crise de communication effective entre les leaders  africains et leurs populations respectives réduit l’efficacité d’interactions et limite la capacité des leaders de comprendre la raison et l’émotion qui sous-tendent les actions des masses. Cette même diversité d’échelles de valeurs engendre des problèmes de définition d’objectif collectifs qui aient le consensus de tous, à quelques exceptions près. La disparité d’échelles de valeurs qu’induit la pluralité ethno-régionale limite la performance du leadership politique africain.
Un autre problème qui grippe la machine du leadership africain est la limite de capacités de leaders des dirigeants africains. Le leader a pour tâche primaire la création de vision, et la mobilisation des gouvernés pour atteindre les objectifs de cette vision.  Après les générations des pères des indépendances en Afrique qui ont vu l’émergence de personnages historiques comme Kwame N’Nkrumah au Ghana, Houphouët Boigny en Côte d’Ivoire, et Sékou Touré en Guinée, l’Afrique contemporaine semble traverser une époque de son histoire caractérisée par un manque d’individus ayant la dimension de leader dont le continent a besoin pour la résolution de ses problèmes multidimensionnels.
A ce manque de leaders charismatiques s’ajoute la limite de compétence en management de nombre de dirigeants africains. Si un manager n’est pas forcément un leader, un leader doit avoir des compétences de manager. Il ne peut commettre effectivement les ressources financières, humaines, et techniques quand il n’a qu’une connaissance approximative du processus d’utilisation de ces ressources. Les résultats médiocres de gestions réduit le rayonnement de  leur influence et affaiblit leurs capacité à rallier les populations aux causes de leurs visions. Les gouvernés, par réactions à la fois intellectuelle et instinctuelle, ne suivent pas un gouvernant carrant. Il y a aussi le phénomène de leader kleptocrate qui est corolaire à l’absence de capacités de leader/ manager. Le manque de disposition de leader et de manager chez nombre de dirigeants contemporains africains constitue un frein puissant à l’expression d’un leadership efficace sur le continent Africain.
L’expérience de l’administration coloniale a laissé un héritage de direction basée sur l’autocratie et la dictature. Sous le régime colonial, les membres de l’Elite sociale dont nombre sont des dirigeants civils ou militaires en Afrique contemporaine, étaient démarqués des populations sur le plan de statuts socioéconomiques. Cette stratification continue, bien sûr à des degrés de plus en plus limités, dans les pays africains. Cet usage prédispose, notamment  la vieille génération de la classe politique africaine, à l’exercice de l’autocratie. C’est là aussi un puissant frein à l’expression d’un leadership sain sur le continent.
Après la vague d’indépendances en Afrique, des modèles d’organisations politico-économiques d’inspiration collectiviste ou libérale avaient été introduites dans plusieurs pays africains. A cause de leur mauvais engrangement dans les tissus socioéconomiques locaux ces régimes avaient échoué, laissant ainsi une vacance d’organisations dans ces pays. Alors,  pour suppléer ce vide, certains pays de l’Europe occidentale, dont notamment la France,  ont exigé l’introduction et la pratique de la démocratie en Afrique. Cette exigence des puissances occidentales a été appuyée par les institutions internationales comme le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale qui l’ont citée comme condition sine qua non pour bénéficier de leurs assistances financières. C’est dans cette dynamique que la démocratie,  dans son format dit de « Westminster », est entrée sur le continent pendant la période que les historiens appellent la troisième vague mondiale de démocratie.
Cependant, il faut noter que l’introduction de la démocratie occidentalisée en Afrique, à partir des années 1990, a été faite sans études préalables des contextes sociaux et politiques des champs de son application. En plus, il n’y a eu aucune préparation conséquente de la classe dirigeante  africaine encore moins des masses africaines quant à la philosophie et l’utilisation de ce modèle d’organisation sociopolitique. Il a presque été fait avec la même méthode qui a sous-tendu  la construction d’usines en Afrique immédiatement après les indépendances qui ont abouti au phénomène des « éléphants blancs » stériles.
Partant, la démocratie à l’occidentale, notamment dans son format présidentiel de la 5ème République Française,   pose assez de problèmes dans son application en Afrique ; son mécanisme de fonctionnement et sa structure ne cadrent pas avec les données de ces pays qui ont pour caractéristiques communes la dynamique de l’ethno-régionalisme,  le taux élevé d’analphabètes, et l’existence d’économies désarticulées. Ensemble ces facteurs induisent, d’une part,  la méconnaissance et le non-respect de l’esprit du système démocratique et, d’autre part, son travestissement par la classe politique à des fins personnelles. Conséquemment, les piliers fondamentaux de la démocratie y sont sciés laissant en place des architectures  politiques sans armatures: le multipartisme est constamment saboté ; la liberté d’opinion est confisquée ou  approximative ; les élections présidentielles et législatives sont corrompues et tenues de manières irrégulières ; et le pouvoir est souvent concentré dans les mains du président de l’exécutif.
En conclusion, l’avènement de la démocratie occidentalisée et son inadaptation aux normes endogènes ajoutée à l’absence de culture démocratique pose de graves problèmes au leadership politique africain.
La globalisation est le processus d’intégration des pays du monde dans un système d’échanges économiques, d’interactions aux dimensions plurielles et de communication à dimension œcuménique.  A travers les mass media et l’internet, les populations africaines ont instantanément accès aux données sociales, économiques et politiques des pays du Nord et de ceux du Sud. Ces informations  leur donnent des éléments de comparaison et leur portent à enjoindre leurs leaders à s’engager dans des processus de développement socioéconomique rapides. Mais comme le disait Constantin Virgil Gheorghiu dans les « Mendiants de Miracles », le décalage entre, d’une part, les exigences de modernisation rapide qu’exigent les populations  africaines et, d’autre part, la limite de capitaux techniques, financiers et humains dans leurs pays posent de problèmes aux leaders africains. En conclusion, la globalisation tout en apportant des éléments positifs comme la dissémination rapide de l’information dans le monde apporte aussi des contraintes au leadership africain.
En conclusion, les problèmes du leadership africain sont produits par des dynamiques concourantes dont les effets paralysent ce continent qui pourtant dispose d’immenses potentialités naturelles. Le leadership, en tant qu’institution d’organisation politique, est la tête pensante du corps social que sont les peuples. Sans leadership effectif, il ne saurait avoir de visions ni de définitions articulées d’objectifs collectifs sur les courts, moyens et longs termes ; il ne saurait avoir de mobilisation de populations  qui les transforme en peuples cohérents qui secrète la synergie nécessaire à l’élaboration des annales de l’histoire de l’humanité.
Il est à retenir que les grandes civilisations anciennes comme celles d’Egypte ou de Mésopotamie  sont nées de visions que leur ont insufflées leurs leaderships respectifs. Il en est de même des faits de hautes portées historiques des temps modernes. L’indépendance de l’Inde de la Grande Bretagne, en 1947, a été l’aboutissement de l’effort du peuple indien sous  le leadership de Mahatma Gandhi. Le General Charles De Gaulle a conçu la vision de la «  France Libre » ; il a inspiré et mobiliser ses compatriotes  pour la libération de leurs pays. En Afrique du Sud, Nelson Mandela a œuvrer à la mise à terme de l’apartheid pour instaurer une société qui reconnaisse  les droits politiques des Bantous.
L’Afrique et les  africains ont  besoin de leaders à la hauteur  des problèmes de développement sociétal, de stabilité et de visibilité sur la scène universelle qui se posent à eux. Il est grand temps que l’Afrique se réveille par le biais de la renaissance de son leadership afin qu’elle amorce sa marche sur le boulevard de l’histoire.

Dr Antoine A. SOVOGUI, PHD en Leadership et Dynamique des Organisations, Walden University, Minnesota, USA
Residant /Philadelphie/Pennsylvanie


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